Aller au contenu principal
Fermer

Tensions entre la France et l'Algérie : une nouvelle "guerre des visas" se dessine
information fournie par Boursorama avec Media Services 23/01/2025 à 15:07

Déclenchée par la question du Sahara occidental, la crise s'est accentuée avec l'arrestation de l'écrivain Boualem Sansal en Algérie, puis celles en France de plusieurs influenceurs algériens et franco-algériens.

( AFP / LUDOVIC MARIN )

( AFP / LUDOVIC MARIN )

La crise diplomatique entre la France et l'Algérie -émaillée de prises de positions musclées de part et d'autre de la Méditerranée-, semble s'orienter vers une nouvelle "guerre des visas".

"A chaque fois qu'il y a une crise entre la France et l'Algérie, la principale mesure de rétorsion, c'est sur l'immigration ", rappelle Serge Slama, professeur de droit à l'université Grenoble-Alpes.

Les rapports entre les deux pays se sont dégradés après l'annonce fin juillet par Paris d'un soutien au plan d'autonomie marocain au Sahara occidental, territoire au statut non défini à l'ONU et théâtre d'un conflit depuis un demi-siècle entre le Maroc et les indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par Alger. La brouille s'est amplifiée avec la détention en Algérie de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal puis l'arrestation en France de plusieurs influenceurs algériens et franco-algériens pour apologie de la violence.

"Je suis favorable à des mesures fortes, car sans rapport de forces, on n'y arrivera pas" , a lancé dimanche le ministre français de l'Intérieur Bruno Retailleau, qui estime que l'accord de 1968 fixant les conditions d'entrée en France des Algériens -que Paris juge favorables par rapport aux autres pays- doit être revu. Pour Bruno Retailleau, l'Algérie ne délivre en outre pas assez de laissez-passer consulaires, document indispensable pour renvoyer dans son pays d'origine une personne en situation irrégulière en France.

Toutefois, dans la crise actuelle, ni Alger, ni Paris n'ont encore utilisé l'arme migratoire, brandie déjà à d'innombrables reprises par le passé. Comme en 2021, où la France avait réduit drastiquement le nombre de visas accordés aux Algériens -ainsi qu'aux Marocains et aux Tunisiens-, estimant que leurs gouvernants, déjà, n e faisaient pas assez d'efforts pour réadmettre leurs ressortissants expulsés de France. La mesure avait provoqué vexations et brouilles diplomatiques entre Paris et ces ex-colonies françaises disposant d'une forte diaspora dans l'Hexagone.

L'immigration, un "levier diplomatique"

Pour Farida Souiah, politiste à l'EMLyon, la polémique actuelle s'inscrit "dans des dynamiques plus globales où beaucoup de pays" utilisent les questions migratoires comme "leviers diplomatiques". A l'instar des Etats-Unis, où le président Donald Trump a fait de cette thématique son cheval de bataille.

Si une nouvelle "guerre des visas" franco-algérienne survenait, elle pourrait "créer une ambiance anxiogène", avertit Serge Slama. Notamment pour les 2,5 à 3 millions de binationaux ou de Français d'origine algérienne vivant en France, qui peineraient à voir leurs familles.

"Déjà, aujourd'hui, c'est la croix et la bannière pour avoir un visa", observe le sénateur écologiste (opposition) Akli Mellouli. "Je ne vois pas ce que vous pouvez renforcer de plus. Ou alors, on dit zéro visa. Mais ça va impacter tout le monde." Le climat politique actuel "risque" ainsi de "créer dans notre société les conditions pour la division et l'affrontement" entre la diaspora algérienne et le reste de la population , avertit l'élu d'origine algérienne.

Les critiques répétées d'Alger, qui se muent parfois en invectives, particulièrement à droite et à l'extrême droite de l'échiquier politique, constituent selon lui autant de "signaux" donnés "à des nostalgiques, aux héritiers de l'OAS", l'Organisation armée secrète française, qui s'opposa violemment à l'indépendance de l'Algérie. La guerre de décolonisation de ce pays avec la France fit des centaines de milliers de morts.

La question de l'accord de 1968

Selon un sondage publié en janvier, 71% des Français ont désormais une mauvaise image de l'Algérie. Et 61% des personnes sondées se disent favorables à la révocation de l'accord de 1968.

Mais pour Serge Slama, mettre fin à cet accord est "totalement irréaliste , parce que ça poserait des problèmes juridiques en cascade". "La seule solution, c'est de négocier. Mais pour négocier il faut être deux", dit-il.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot estimait début janvier que les visas faisaient partie des "leviers que nous pourrions activer". Il s'est ensuite dit prêt à se rendre en Algérie pour des discussions. Le retrait de l'accord de 1968 n'est "pas une recette miracle", a-t-il reconnu lundi.

A Alger, où Paris accuse les autorités de jouer sur la "rente" de la décolonisation , le ministère des Affaires étrangères estimait récemment que "l'extrême droite revancharde et haineuse, ainsi que ses hérauts patentés au sein du gouvernement français mènent actuellement une campagne de désinformation, voire de mystification, contre l'Algérie".

Mi-janvier, le ministre français de la Justice Gérald Darmanin, prédécesseur de Bruno Retailleau à l'Intérieur, avançait une autre solution : "supprimer" l'accord franco-algérien de 2013 qui permet aux élites algériennes de se rendre en France sans visa. Mais, "si on fait ça, les Algériens vont couper les passeports diplomatiques pour les diplomates français", souligne Serge Slama.

22 commentaires

  • 24 janvier 10:58

    Il faut couper les ponts avec ce pays, mais ce n'est pas avec notre très cher président aux manettes que cela pourra se réaliser et ils l'ont bien compris en usant et abusant de tous les stratagèmes pour vivre aux crochets de la France.


Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

  • bourse : courbes analyses technique (Crédit:  / Adobe Stock)
    information fournie par Reuters 05.02.2026 06:11 

    * Variation des futures sur indice CAC 40 0#FCE: * Variation des futures sur indice Stoxx 600 0#FXXP: * Valeurs qui se traitent ex-dividende .EX.PA * Le point sur les marchés européens .EUFR Les valeurs à suivre jeudi à la Bourse de Paris et en Europe : * BNP PARIBAS ... Lire la suite

  • Bruno Retailleau lors d'un meeting de Foulques Chombart de Lauwe, candidat LR à la mairie de Nantes, le 14 janvier 2026 ( AFP / Loic VENANCE )
    information fournie par AFP 05.02.2026 04:46 

    Le patron des Républicains Bruno Retailleau sera jeudi après-midi à Nîmes, plus grande ville LR et détenue par la droite depuis près de 25 ans, mais qui pourrait basculer face à une gauche rassemblée, une droite éparpillée et un RN à l'offensive. Après la déroute ... Lire la suite

  • Le président du Nigéria Bola Tinubu donne une conférence de presse à Paris, le 28 novembre 2024 ( POOL / Sarah Meyssonnier )
    information fournie par AFP 05.02.2026 04:38 

    Le président du Nigeria a ordonné le déploiement de l'armée dans une zone du centre-ouest où une attaque a fait au moins 162 morts mardi, et a accusé les jihadistes de Boko Haram d'en être responsables. Des hommes armés ont pris d'assaut le village de Woro, dans ... Lire la suite

  • Une voiture calcinée par une frappe russe dans une rue d'Odessa, en Ukraine, le 4 février 2026 ( AFP / Oleksandr GIMANOV )
    information fournie par AFP 05.02.2026 04:31 

    L'Ukraine et la Russie doivent poursuivre jeudi leurs pourparlers en présence des Américains à Abou Dhabi, dans un contexte de pression soutenue de Moscou qui cherche toujours à imposer ses conditions à Kiev. Au terme d'une première journée de discussions mercredi, ... Lire la suite

Pages les plus populaires